
Voici un brève présentation de mon roman.
Ce sont dans des univers travestis ou falsifiés qu'évoluent mes personnages : des relations familiales dégradées par le dissimulation, des faux en tout genre, des manipulations, des êtres humains génétiquement modifiés, un monde où la science pactise avec le rêve, celui d'un milliardaire qui finance la création d'Ulysse en chair et en os.
Et ce que l'on tient pour vrai s'effiloche jusqu'à devenir peau de chagrin.
Regardons d'un peu plus prés deux personnages. Julia et son père.
Enfant, Julia, est la seule rescapée du suicide collectif de la secte Saint François d'Assise, secte prétendument dévouée au culte de l'innocence animale.
Nous la retrouvons quelques années plus tard, dans l'exiguïté d'un meublé, confrontée à un phénomène insolite, la perte de son ombre. Son attitude surprend: la survenue de l'insolite dans sa vie, qui la dépossédera aussi de son identité, ne l'inquiète pas, elle ne se sent pas plus menacé par l'étrangeté que par la réalité.
Son père Georges Vallois, hypocondriaque chronique et burlesque, déchoit sous nos yeux. Lecteur passionné, il voit son appétit littéraire se réduire à la lecture des contre-indications d'un cachet d'aspirine. S'il croit emprunter l'essence du génie du grand Lewis Carrol dans l'art d'élever Julia, il deviendra jaloux du père de famille caricatural du livre de CP de sa fille adorée. Il ne se consolera pas de voir son" Abel de frère", homme goguenard et généreux, lui voler l'affection de sa fille Julia. On voit ensuite ce père destitué, accompagné de sa nébuleuse femme, ressusciter grâce à une secte zoomorphe pour finalement dégringoler de plus belle.
D'autres personnages, qui ne sont pas davantage épargnés par les errements et les faux-semblants, voient leur destin se croiser: un gourou ensorcelant, l'auteur d'un ouvrage d'anatomie comparée des oiseaux et des anges, un vieillard amateur d'œuvres de faussaires, un propriétaire qui offre des chats à ses locataires, la fantastique tribu de Khan qui n'emploient que des tournures de phrases négatives, un peintre visionnaire, Dieu, Satan, l'inhumaine présidente d'une association humanitaire, un commissaire et son adjoint trop prés de la vérité métaphysique.
Un aventure qui s'explique de façon rationnelle. Des scientifiques ayant découvert que le souvenir imaginaire possédait la même assise biochimique que le souvenir réel implantent de la mémoire fictive à des acteurs afin qu'ils perpétuent un chef-d'œuvre.
Si aucun des personnages n'inclinent vers la religion, ses propos lénifiants, ses rituels oppressants, et sa morosité indissociable de sa pratique, on découvre pourtant un Dieu et un Satan, au plus haut de leur forme, drôles, exubérants et sceptiques.
Comme le narrateur qui raconte la folie doit être irréprochable psychologiquement, je pense que l'auteur d'un roman à caractère fantastique doit être d'une rigueur pointilleuse et ses propos doivent paraître plus vrais que la réalité.
Si mes personnages sont aussi comme tout le monde, tournés uniquement vers leurs précipices personnels, je les traite pourtant avec dévouement amusé. Je les vois comme des patients inquiets dans une salle d'attente, dans cet instant particulier, où, arraché par leur drame privé à une vie simple, ils affrontent la peur qui les fera basculer. Et même là, ils ne peuvent pas s'empêcher de regarder leur voisin d'infortune avec arrogance!